Comment j’ai découvert (et adoré) le Tantra : ma première soirée tantrique + interview d’Alice, son excellente animatrice

Niveau : débutant
Temps de lecture : 10′
Bande-son recommandée : Antonin – Ca fait du bien (Polo & Pan remix)

Vous avez déjà connu des moments un peu magiques dans votre sexualité ? Des moments qui dépassent le simple plaisir physique ? Une sensation de connexion, d’union – un lien plus grand et plus fort avec l’autre et le monde. Comme si une porte s’ouvrait en vous?

Alors vous avez probablement fait du Tantra sans le savoir.

J’ai vécu moi aussi des moments mystérieux, étonnants, tellement bons a l’intérieur. Je me sentais comme une goutte d’eau, habituée à glisser, tomber et rouler seule, et soudain, au contact d’une autre goutte, mes frontières fondaient – nous ne faisions plus qu’un. Et parfois, encore plus grand : nous étions deux gouttes d’eau dans un immense océan.

Ces épiphanies, ces moments divins, j’ai voulu les retrouver. Et dans ma quête, la notion de Tantra est souvent revenue. Alors un jour je suis allé voir de près ce qui se cache derrière ce terme mystérieux et exotique: je me suis inscrit à une soirée Tantra.

Je vais vous partager ce que j’y ai vécu, et je compléterai mes ressentis par une interview d’Alice, l’animatrice de la soirée.

Témoignage : Ma première soirée Tantra

Tout commence un dimanche soir d’hiver, à 20 heures. Suivant les indications qu’on m’a données, je rentre dans une courette à l’arrière d’une boutique ésotérique. Une porte s’ouvre et je suis accueilli. Dans un petit sas, j’enfile une tenue confortable, d’autres participants vont et viennent, se changent, dans ce vestiaire improvisé et exigu, l’atmosphère est à la détente. Je pénètre dans une salle confortable aux lumières tamisées, une quinzaine de coussins sont disposés en cercle, je vais m’asseoir et j’observe.

Le cercle se constitue peu à peu, des hommes et des femmes à parts égales, quelques-uns ont l’air de se connaître et discutent, d’autres apprivoisent la pièce, certains ont l’air de méditer avec sérieux, voire de dormir sur leur coussin. Je remarque déjà, en faisant le tour des corps et des visages que certains me plaisent plus que d’autres. Puis mes réflexions s’interrompent : après un bref rappel du cadre, la séance commence.

Nous allons partager, deux heures durant, une série de pratiques, proposées mais non imposées, individuelles, en groupe, ou encore en duo. Il y a des temps de partage verbal, de la danse, des exercices corporels très ludiques, de la méditation… et je ne voudrais pas vous en gâcher la saveur en vous décrivant tout par le menu.

Mais plutôt vous partager mes émotions.

Dans cet espace qui s’ouvre, deux heures durant, une belle part est donnée au contact. Contact d’abord avec moi-même. Quelques questions sont posées. Comment j’arrive ici ? Quelles sont mes attentes ? Mon état émotionnel ? Je me sens curieux, un peu mal à l’aise d’abord face à ce groupe d’inconnus, et en même temps émoustillé par l’idée de toucher du doigt ce tantra qui me fascine.

« Vous êtes ici pour vous faire du bien. »

La voix de notre animatrice est franche et chaleureuse. En une seule phrase, elle met les choses au clair, tout simplement. Une musique rythmée s’élève, nous sommes invités à nous mettre en mouvement. Je me laisse porter par le rythme, l’énergie monte par mes pieds qui marquent le tempo, je cesse de réfléchir.

Les pratiques proposées m’amènent à des échanges avec les autres participants et participantes, qui se succèdent à un rythme rapide. Au début, j’ai à peine le temps de rentrer en lien qu’il faut déjà passer à quelqu’un d’autre. Je m’ouvre de plus en plus, et le contact, même rapide, devient plus riche, le temps d’un partage de quelques mots glissés à l’oreille.

Image : Ezequiasphotography on Pixabay

Nous allons maintenant danser. « Si vous avez une érection, et ce, que vous soyez homme ou femme, accueillez simplement et avec bienveillance cette énergie qui circule en vous. » Encore une fois le ton est donné avec beaucoup de justesse : ne rien vouloir, mais bien accueillir ce qui est.

L’ambiance joueuse devient feutrée, la musique se fait plus sensuelle. Les hommes forment un cercle, entouré par le cercle des femmes. Nous allons pratiquer le slow tantrique. Une danse où le contact ne dépend que du bon vouloir des deux partenaires.

Tout commence par un regard.

La femme qui se tient en face de moi soutient mon regard avec beaucoup d’intensité. J’offre doucement mon bras, à mi-parcours entre elle et moi. Je sens beaucoup d’émotion de son côté : crainte, prudence, interrogation ? Elle ne bouge pas, et je cache mes questionnements derrière un sourire patient. Plongé dans ses yeux, j’attends un signe, en me laissant bercer par la musique.

Ces quelques instants sont très intenses, sans que j’y comprenne grand chose, et il est déjà temps de changer de partenaire. Cette fois-ci le contact est plus franc, mon bras ne reste pas dans le vide, nous amincissons l’espace entre nous tout doucement, soutenus chacun par le regard encourageant de l’autre. Et il est à nouveau temps de changer.


Photo : A L L E F . V I N I C I U S Δ on Unsplash

Je danse ainsi avec chacune des participantes, à mon grand étonnement l’énergie est très différente à chaque fois… et bien éloignée de ce que mes premières impressions m’avaient fait imaginer. Quelques regards plus tard, une autre partenaire, qui m’avait semblé endormie à mon arrivée, vient se serrer dans mes bras. Nous dansons avec une lenteur infinie, savourant cette proximité éphémère. Il est déjà temps d’enchaîner sur une autre pratique : avec un sourire, nous nous éloignons à regret.

Nous faisons tous ensemble un temps de méditation active et dansée, une découverte pour moi. J’ai grand plaisir à respirer et bouger, à l’unisson avec le groupe, en sentant le rythme guider mes gestes.

J’apprécie mon corps pleinement éveillé par ce rituel, vivant, sensuel, et j’entends qu’il est temps de choisir une partenaire pour l’exercice suivant. Je pense à ma danseuse endormie de tout à l’heure, j’hésite à me lancer, et, le temps que je me décide à aller la chercher, je suis alpagué par ma voisine de droite, avec laquelle je pratiquerai l’exercice de la vague pour la première fois.

Je suis concentré sur cet exercice qui consiste à faire circuler le plaisir dans le corps au gré du souffle – et qui pour certains est une pratique orgasmique… mais, contrarié de n’avoir pas choisi ma partenaire, je reste dans mes pensées, me contentant de suivre le rythme.

Retrouvailles

Le dernier exercice en duo s’annonce, pour ce temps de partage je tiens à retrouver cette femme dont l’énergie m’a marqué tout à l’heure. Confiant, je la cherche du regard et m’avance vers elle : elle aussi vient à moi. Nous nous asseyons en tailleur, les yeux dans les yeux, et sur les consignes données, nous parlons, à tour de rôle, en suivant une consigne donnée.

L’ouverture est bien là, nous, qui étions deux inconnus avant d’entrer dans cette pièce, échangeons de cœur à cœur, comme deux amis proches. Je suis touché par tout ce que ce partage profond me renvoie de moi-même, mes émotions et mes aspirations.


Photo : Dominik Vanyi on Unsplash

La soirée se termine par un moment d’introspection. Au son du tambour, quelques phrases tissent la trame d’un voyage imaginaire. Je me sens bien, nourri, détendu, et je suis invité à revenir doucement au groupe, pour le temps de clôture. J’ouvre les yeux bien à regret.

La salle se vide peu à peu, les « au-revoir » se font au feeling. Je n’ai pas tellement envie de partir. Je finis par remettre mes habits de ville et, plein d’une énergie nouvelle, m’apprête à rentrer chez moi. Je suis étonné, un peu émerveillé du plaisir et de la profondeur qui sont nés, en quelques instants, dans cet espace.

Ce que j’emporte avec moi…

Je porterai en moi pendant quelques jours le souvenir de ce premier soir plein de l’énergie du printemps. J’y repense, avec l’envie d’y retourner, et les questions déferlent dans mon esprit : est-ce que ce sera si bon la prochaine fois ? Qu’est-ce qui a fait que c’était magique ? Le tantra ? Les pratiques ? L’animation de la soirée ? Mes partenaires d’expérience ?

Crédit photo Unsplash

Sans doute un peu de tout ça, mais c’est surtout ce que j’ai vécu intérieurement, ce qui était déjà là en devenir, et qui n’attendait qu’un peu de douceur et de bienveillance pour s’ouvrir. Le tantra est un apprentissage… et savoir pratiquer sans projeter ses attentes en fait partie.

Avant de se lancer

Si ces quelques mots vous ont donné envie de vivre de telles expériences, je ne peux que vous recommander de vous renseigner sur les stages et soirées tantra dans votre région. Malgré mon enthousiasme, je me dois aussi de vous conseiller une certaine prudence pour que votre aventure soit le plus bénéfique possible.

D’abord, renseignez-vous, appelez les animateurs pour prendre la température :

• Comment voient-ils le déroulement de leurs stages ?

• Qu’est-ce qu’ils cherchent à apporter, à proposer ?

• Quel est le cadre, les limites à ne pas dépasser, peut-on refuser un exercice ?

• Comment sont choisis les participants si choix il y a ?

Prenez aussi le temps de faire le point sur ce que vous attendez, ou vous en êtes à l’intérieur, dans votre vie spirituelle, amoureuse, sensuelle et sexuelle. Et parlez-en à votre partenaire, car vous pouvez y vivre des choses fortes.

  • Vérifiez avec elle/lui si c’est OK que vous viviez des expériences dans le toucher et l’énergie avec d’autres femmes et hommes
  • Ou… peut-être aurait-il/elle envie de venir découvrir avec vous ?

C’est tout le plaisir que je vous souhaite. Et pour aller plus loin, je vous propose de découvrir ci-dessous l’interview d’Alice, qui a animé la soirées Tantr’ah la la dont je viens de vous parler.

Interview : Alice, animatrice des soirées Tantr’ah la la (mais pas que…)

J’ai choisi, dans le panel des animateurs Tantra de ma région, de faire mes premiers pas auprès d’Alice, que j’ai rencontrée via des amis communs, tout simplement parce que j’aime bien son énergie, et que j’ai confiance en elle. C’est donc tout naturellement que je l’ai sollicitée pour l’interviewer, et compléter mon regard de découvreur par son expérience.

Benny – Bonjour Alice, et merci pour le temps que tu m’accordes. J’ai eu le plaisir de découvrir le Tantra lors des soirées que tu animes, et j’avais envie de partager avec mes lecteurs ton expérience et ton enthousiasme. Pour commencer, j’aimerais savoir ce qui t’a menée vers cette voie du Tantra ?

Alice – J’ai toujours fait du tantra, d’abord sans le savoir ! Enfant j’étais dans de grands questionnements spirituels et je pratiquais déjà des jeux… qui amenaient à des formes de méditations.

Plus tard dans ma vie intime, je sentais que la sexualité était un chemin vers quelque chose de plus grand. C’est dans l’élan d’une belle relation amoureuse que nous avons choisi d’aller explorer à deux. Et il y a quinze ans nous avons commencé à suivre les enseignements de Sudheer Roche, enseignements que j’ai poursuivis pendant neuf ans.

Mon point de départ, c’était une quête spirituelle avec l’intuition qu’il n’y a pas de séparation entre sexualité et spiritualité.

J’avais vécu des moments suspendus, extatiques, magnifiques. Pour moi c’était une porte d’accès au Divin, la plus naturelle des portes.


Benny – Alors, qu’est-ce que ça veut dire pour toi ce mot Tantra ?

Alice – Le Tantra peut se définir comme un ensemble de pratiques qui permettent ouverture de cœur et expansion de conscience. C’est autant un art de vivre, qu’un enseignement basé sur l’acceptation. Il permet une rencontre et réconciliation avec notre corps et avec nos émotions. Il favorise un apaisement dans nos relations, une confirmation d’être au monde, avec la reliance aux énergies divines dont nous faisons partie.

Le terme tantra vient d’un texte vieux de plus de 5000 ans avant JC, le Vijnana-bhairava Tantra. C’est un texte fondateur qui ne contient pas de dogme, seulement 112 pratiques de méditations, dont trois ou quatre qui s’appuient sur la sexualité, et qui visent à “tisser la conscience”.

Concrètement, il s’agit d’être à 100% présent(e) à ce qui est, pour sentir, vivre la non-dualité.

Et à mon sens c’est un chamanisme, c’est à dire un ensemble de pratiques qui se sont transmises oralement pendant des millénaires, et qui peuvent nous relier à la nature au sens large, et aussi nous guérir. Avec la spécificité que le Tantra vient d’Inde et qu’il est très coloré par la culture indienne, notamment le culte de l’union de Shiva et Shakti, symboles de l’union de la conscience pure et de l’énergie pure.


Benny – Mais alors, comment ces savoirs qui se transmettaient de maître à disciple, sont devenus accessibles à nous occidentaux ?

Alice – Et bien, ces savoirs, qui visent à faire mieux circuler l’énergie de Vie, avec des pratiques, des rituels et des cérémonies, étaient dissimulés parce qu’ils intégraient une dimension sexuelle. L’union sexuelle était vue comme la base de certaines expériences extatiques. Donc même si la sexualité n’est pas l’élément central dans le Tantra, elle en fait partie. Et pour cela, le Tantra est longtemps resté une pratique secrète, jusqu’à être remis au goût du jour pour les occidentaux par le maître indien Osho dans les années 1970-90.

Par la suite dans les années 2000, les différents disciples d’Osho – dont Sudheer Roche qui m’a formée – ont diffusé le néo-tantra de manière plus large dans le monde.


Benny – J’ai pu lire quelques articles sur Osho, c’est visiblement un personnage très controversé. Est-ce qu’il y a différentes écoles dans le Tantra ? Est-ce que tu te sens rattachée à une branche ou à un courant de pensée particulier ?

Alice – Osho a été effectivement un personnage controversé. Il était très provocateur et avait beaucoup d’humour aussi ! Pour moi pas de doute, il était « éveillé ».

Il y a beaucoup de vidéos de lui sur internet, et chacun(e) peut se faire rapidement une idée pour sentir s’il adhère ou non. Il s’agit plus de ressentir (la vibration de sa voix, son énergie) que de comprendre et d’adhérer à tous ses propos !

Je me sens attachée à ce maître, même s’il a une couleur très liée à son époque. Une époque où l’on explorait les émotions, avec tous leurs modes d’expression très forts, très exubérants et cathartiques; ce qui était nécessaire mais est peut être moins la couleur de notre époque. 

J’ai de la gratitude pour les pratiques de « Méditations Actives »  qu’Osho a créé, elles sont très adaptées au public occidental, même si je me permets d’en modifier certaines aujourd’hui lorsque j’anime mes soirées ou stages !  En effet, contrairement aux orientaux, nous habitons très peu notre corps, et nous avons un vrai besoin d’être plus incarnés avant de nous assoir pour pouvoir savourer la méditation.

Hormis cet attachement à mes enseignants, je ne crois pas trop à l’idée d’une école particulière, je me méfie des formes d’enseignement figées. Quelques écoles se sont développées et je suis sûre que dans les prochaines années le mot « tantra » deviendra aussi usuel que l’est le mot « yoga » .

Le Tantra est un enseignement oral, parlé, qui touche l’individu en se pratiquant en groupe, à deux et seul. C’est avant tout vivant et en mouvement.

Et chacun(e) va y vivre des choses différentes à transformer, que ce soit dans la perception de son corps, dans sa sexualité, dans la confiance en soi, et bien plus !


Benny – Alors, quelle place prend le Tantra dans ta vie ? Est-ce que c’est comme un yoga, avec un moment particulier pour pratiquer ?

Alice – Ce n’est pas quelque chose que je vais faire de la même manière, tous les jours à la même heure, comme d’autres disciplines. Mais c’est une pratique quotidienne, qui me maintient à un certain niveau d’énergie, dans un état de joie aussi.

C’est une voie qui est assez cool car elle est yin, basé sur les qualités du féminin  : on n’est pas sur des concepts d’effort, de discipline et de volonté, mais plutôt sur l’écoute, le ressenti et la relaxation. Donc chaque jour je suis différente, j’ai un besoin et une pratique différente.

Et tout ça vient naturellement : plus je pratique plus ça s’intègre spontanément dans mon quotidien


Benny – Finalement, au delà de ta bonne humeur contagieuse, qu’est-ce que ça t’apporte dans ta Vie ?

Alice – Heu… merci pour ma bonne humeur contagieuse ! pourquoi vouloir autre chose ?!! ah ah !

Être dans l’acceptation, jouer à ne pas juger, à ne pas se juger, apporte beaucoup d’ouverture et de fluidité au quotidien.

Cela permet de suivre de plus en plus le mouvement de la Vie. Dans la sexualité par exemple, la relaxation devient la base, et petit à petit la sexualité se transforme, s’ouvre. Il n’y a plus de recherche d’orgasme, on ne provoque plus les choses. C’est le fameux « orgasme de la vallée » : les amoureux sont emportés par leurs sensations, pendant des dizaines de minutes, des heures, et les orgasmes deviennent parfois extases. C’est précieux,  c’est vraiment bénéfique et ressourçant… la sexualité du 21 ème siècle, je le souhaite de tout coeur !


Benny – Un immense merci à toi pour cet éclairage qui lève le flou et surtout, qui fait envie !

Alice – Merci pour ta curiosité et ouverture d’esprit 🙂

Si vous avez envie de participer aux ateliers animés par Alice, ou d’en savoir plus, voici le lien vers le site de son association, Savoure, ainsi que sa page Facebook et sa chaîne Youtube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *