Pornographie : manuel de survie pour adolescents (partie 1)

Quel âge aviez-vous quand vous avez vu votre premier film porno ?

A quel âge avez-vous vu votre premier film pornographique ?
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Moi, j’avais 17 ans. J’ai vu du sexe sur un écran d’ordinateur avant d’en voir sur une télévision, et avant de sentir la chaleur d’un autre corps contre le mien. Les connexions ADSL se démocratisaient dans les foyers, et avec elles, les premiers sites pour voir des images, puis de minuscules vidéos porno de 30 secondes… on était encore loin des sites actuels avec des millions de vidéos accessibles d’un clic.

Mais, né dans un foyer où l’on ne parlait pas des choses de l’amour, j’ai fait, comme beaucoup d’hommes, une bonne partie de mon éducation sexuelle devant un écran.

En hommage à mes jeunes années, et à mon vieux prof de philo au crâne dégarni et aux pantalons moulants, je vous ai donc préparé un article sous forme de dissertation sur le sujet : Le porno, vices et vertus.

C’est parti pour un plan en trois parties!

La pornographie n’est pas une idée neuve. On trouve des représentations d’hommes et de femmes en pleins ébats sous de nombreuses formes (dessins, peintures, fresques, sculptures) dans de nombreuses civilisations (romaine, indienne, chinoise…) et ce, dès l’Antiquité.

Elle est un modèle, une représentation des actes sexuels, avec une double fonction dans cette mise en lumière de ce qui est habituellement intime, dissimulé.

Pornographie et éducation sexuelle: un peu de franc-parler?

« Papa, comment on fait l’amour ? Et la fellation ? Et c’est où le clitoris ? »

Premièrement, et pour moi c’est une dimension positive: le médium porno lève le voile de manière très frontale sur la sexualité, bien loin des métaphores à base de fleurs et d’abeilles.

« Ce n’est pas sale. » Antoine de Caunes parodie Christian Spitz, « Le Doc »

En ce sens, elle peut avoir un rôle éducationnel, et permettre à chacun de voir ce que deux êtres humains (ou plus) peuvent faire ensemble. Hormis certaines formes de sexualité violentes, l’expérience permet d’appréhender le monde des fantasmes et des pratiques sexuelles diverses dans une certaine sécurité. L’on peut ainsi découvrir ce qui nous attire dans le sexe, et arriver dans une relation avec des modèles très concrets – discutables certes, mais pas forcément moins rassurants qu’une absence totale d’éducation.

Regardez le brillant épisode de South Park sur l’éducation sexuelle…

Comme tout média, la coloration culturelle est très forte. Comparez à titre d’exemple un porno japonais et un porno américain, et vous apprendrez beaucoup de choses sur les rapports hommes-femmes, le lien au plaisir, les modes d’expression des deux cultures (entre les « Oh yeaaaw ! FuUuUuck ! » d’une blonde siliconée et les murmures d’un acteur japonais moustachu il y a un monde).

Illusions et (dures) réalités

Des acteurs montés comme des poneys, des actrices qui mouillent dès qu’on leur dit bonjour et qui trouvent gratifiant qu’on éjacule sur leurs cheveux : sérieusement ?

Malheureusement, la pornographie occidentale contemporaine donne des modèles qui peuvent biaiser complètement notre approche d’une sexualité saine. La comparaison avec les acteurs et actrices, leurs mensurations et leurs performances figurées à l’écran peut être très complexante et inhibante, tant pour les hommes que pour les femmes.

Les rapports entre les partenaires et leurs manières d’incarner le masculin et le féminin sont absurdes, irréalistes, et très souvent très irrespectueux des femmes, mais aussi des hommes, réduits à des rôles de machines-outils.

Un peu de recul et de maturité peut permettre à chacun de s’y retrouver. Savoir que les scènes coupent régulièrement les défaillances d’érection des hommes, que les femmes ont souvent recours à des produits médicaux (lubrifiants, analgésiques…), que bon nombre d’éjaculations abondantes sont truquées au blanc d’oeuf… peut permettre de prendre les choses avec un certain relativisme.

Et puis, une bonne connaissance de la pornographie peut permettre à chacun de trouver, parfois avec sincérité, une représentation de ce qui le fait vraiment vibrer. Se déguiser pour faire l’amour, utiliser les pieds dans un rôle érotique, se laisser contrôler par l’autre… toutes ces formes de sexualité peuvent être difficiles à assumer si l’on ne sait pas qu’elles existent ailleurs, avec leurs codes et leurs règles. En ce sens, la pornographie peut vraiment être un support libérateur de découverte de soi-même.

Pourtant, l’éducation n’est évidemment pas la raison pour laquelle 35% des téléchargements sur le web sont liés à du contenu sexuel.

Extrait de l’excellent Happy Sex de Zep (oui, celui de Titeuf)

La raison principale, vous la connaissez bien entendu: on en parle dans la deuxième partie de l’article (à venir)

 

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